Les médiateurs de presse en France :
critiques ou relationnistes ?
Les
médiateurs de presse représentent un des
principaux mécanismes
d'imputabilité journalistique dans un contexte
d'autorégulation propre
aux systèmes démocratiques.
L'autorégulation des médias est
considérée
comme la forme de contrôle la plus compatible avec la
théorie libérale
de la presse et la mieux acceptés chez les journalistes.
Cela a
principalement inspiré la création de trois types
de mécanismes
d'autorégulation en Amérique du Nord et en Europe
: les conseils de
presse, les médiateurs et les ombudsmen de presse. Plusieurs
critiques
suggèrent que les médiateurs de presse penchent
davantage vers une
fonction de représentation, voire de défense des
médias (fonction de
relationnistes) plutôt que de défendre la
qualité de l'information
servie aux publics (fonction critique). Se pose alors la question
à
savoir si les médiateurs assument réellement une
fonction critique,
selon laquelle ils protègent et représentent les
publics et veillent au
respect des principes éthiques et des règles
déontologiques du
journalisme, ou plutôt une fonction de relationnistes qui les
incite à
temporiser et à « expliquer/justifier »
les égarements afin d'atténuer
les risques de désaffection des publics.
Dans le
prolongement de recherches exhaustives menées en
Amérique du Nord et au
Canada, et en complément des recherches partielles
menées en France,
nous proposons d’explorer ce questionnement.
Les théories
libérales pluralistes, ainsi que l'arsenal argumentaire des
entreprises
de presse et des journalistes qu'elles alimentent, veulent que les
médias soient en mesure d'assumer leurs
responsabilités sociales sans
l'intervention de l'État. Cela prend la forme de textes
normatifs
(codes de déontologie, chartes, etc.) et de
mécanismes
d'autorégulation. Ces mécanismes suffiraient
à assurer l'autodiscipline
et l'imputabilité des médias afin de
protéger le public contre les
égarements et les excès. Toutefois, les
théories critiques, tout comme
certaines théories tirées de la sociologie de
l'information, font
valoir le caractère factice de tels mécanismes
qui sont incapables
d'imposer des normes professionnelles pouvant nuire à la
mission
économique des entreprises de presse.
Alors que la crise de
crédibilité des médias est bien
documentée, les médias en France ont
entrepris, avec un certain retard, comparativement aux pays
anglo-saxons, de se doter de textes déontologiques ainsi que
de
médiateurs afin de maintenir la confiance des publics.
Toutefois, il
semble que le rôle de ces derniers soit moins critique que
celui, par
exemple, de l'ombudsman de la Société
Radio-Canada ou de l'ombudsman de
grands journaux américains (le Washington Post pour ne
nommer que
celui-là).
Afin d'avoir un portrait diversifié de la
situation française, nous allons analyser cinq cas de
médiateurs dans
autant de contextes différents (Paris et régions
: radio et télévision
publiques, presse quotidienne nationale, presse quotidienne
régionale
en situation de concurrence).
Cette recherche est menée grâce à une
subvention du CRSH.